Stars LGBTQ+ qui ne boivent pas : l'identité queer n'a plus besoin de verre à la main

T'arrives dans un bar gay, tout le monde a quelque chose à la main, et toi t'as une eau pétillante. Tu te sens à part, questionné, tu demandes si tu es à ta place.

Ça fait longtemps que l'alcool et l'identité queer se confondent, et pas par hasard.

Mais la communauté évolue, les espaces sobres se multiplient, et des icônes au sommet de leur carrière prouvent que le verre n'a jamais été un billet d'entrée.

Pourquoi l'alcool et la communauté LGBTQ+ sont aussi liés

Pendant des décennies, les bars ont été les seuls endroits où des personnes queer pouvaient se retrouver sans risquer leur sécurité.

Le Stonewall Inn à New York en 1969 (le bar d'où sont parties les émeutes qui ont lancé le mouvement des droits LGBTQ+) c'était un endroit miteux, alcool coupé d'eau, mais c'était un refuge.

Les personnes trans, les drag queens, les gens rejetés de partout ailleurs pouvaient y exister sans se cacher.

Cette histoire a créé quelque chose de plus profond qu'une simple culture de la fête.

Des recherches de l'Institute of Alcohol Studies montrent que les personnes LGBTQ+ boivent en moyenne plus que la population générale, et que la pression dans les espaces gays joue un rôle direct.

Certains participants à ces études expliquent aussi que l'alcool servait à se sentir assez à l'aise pour assumer son identité en public.

Quand l'espace qui te protège est un bar, la boisson devient presque un billet d'entrée.

Aujourd'hui les espaces queer sont plus variés. Mais la mécanique du verre obligatoire, elle, a du mal à disparaître.

Et ça rend la question "est-ce que je peux faire partie de la communauté, aller dans ces espaces, être moi-même, sans boire ?" plus compliquée qu'elle ne devrait l'être.

Les célébrités LGBTQ+ qui n'ont pas besoin d'alcool pour exister

Spoiler : elles n'ont rien perdu en arrêtant l’alcool. Ni leur place dans la communauté, ni leur influence, ni leur succès. Voilà quatre icônes qui le montrent, chacune à sa façon.

Elton John : sobre depuis 1990 et une carrière à succès

Elton John a arrêté de boire en 1990.

Depuis, il a remporté des Grammys, des Oscars, un Tony et un Emmy  (autrement dit le EGOT, le grand chelem des récompenses du spectacle américain, décroché par moins de 30 personnes dans toute l'histoire).

Il a sorti ses meilleurs albums, bouclé une tournée d'adieu de trois ans devant 3 millions de personnes, et fondé une association VIH qui a levé plus de 650 millions de dollars. Sobre.

Et toujours l'une des figures queer les plus importantes de l'histoire de la musique.

Cara Delevingne : le verre en moins, le pouvoir en plus

En 2022, Cara Delevingne réalise que quelque chose ne va plus en voyant des photos de paparazzis d’elle revenant du Burning Man (pas beau à voir).

Elle décide d'arrêter l'alcool, rejoint un programme en 12 étapes, et parle de tout ça avec une franchise assez rare. "Avant, ça me gardait triste et super déprimée. Maintenant j'ai l'impression d'avoir récupéré mon pouvoir."

Elle continue de travailler, de performer, d'exister pleinement dans la culture pop.

Et au Met Gala 2023, elle dit quelque chose qui parle directement à n'importe qui dans cette situation : "Si moi j'ai pu le faire, n'importe qui peut. Mais il faut être honnête à ce sujet, surtout avec soi-même."

Doechii : sobre et Grammy dans la même année

À un moment pendant la production de son album "Alligator Bites Never Heal", Doechii réalise qu'elle ne peut plus créer sans avoir bu. Que l'alcool est devenu un pré-requis pour entrer en studio.

Elle décide d'arrêter tout : zéro alcool, zéro tabac, zéro caféine.

Ce qu'elle dit dans une interview avec The Forty-Five : "Avec le temps, on dépasse des habitudes qui ne te servent plus. Là où j'en suis, la sobriété me sert. Je crée depuis un endroit différent, aucune influence extérieure sauf moi et mes pensées. C'est comme un high sur la vie."

L'album sort en 2024. En 2025, elle remporte le Grammy du meilleur album rap, seulement la troisième femme à le faire dans toute l'histoire de la cérémonie, après Lauryn Hill et Cardi B.

Dans son discours, elle remercie Dieu, sa mère, et cite la sobriété comme l'une des décisions qui l'ont amenée là.

Bisexuelle, 26 ans, au sommet du hip-hop. Sans verre.

Tyler, the Creator : n'a jamais eu envie, et alors ?

Tyler, the Creator n'a jamais bu une gorgée d'alcool de sa vie. Pas de grand moment, pas de décision dramatique. Juste... pas envie.

Quand un journaliste lui demande pourquoi en 2018, il répond : "Pourquoi t'as jamais lutté contre un tigre ? Je sais pas. J'ai juste pas envie de boire. Je n'ai jamais vu quelqu'un ivre en me disant 'putain, je veux être ça'."

Il répète la même chose à Hot 97 en 2025 : "Je n'ai jamais été ivre de ma vie. Rien. Ça ne m'intéresse pas."

Sur son identité, Tyler n'a jamais collé de label précis mais ses albums IGOR et Chromakopia explorent l'attraction pour les hommes de façon assez frontale, et la chanteuse Doechii, sur leur morceau commun "Ballon", chante : "S'il est gay, alors je suis gay, et nous sommes des noms."

Il fait ce qu'il veut avec les étiquettes. Ce qui ne change pas : deux Grammy, une carrière musicale et créative parmi les plus respectées de sa génération, un cercle d'amis proches qu'il a depuis vingt ans.

Sobre depuis toujours, et pas une seule fois l'impression d'avoir raté quelque chose.

Appartenir à la communauté LGBTQ+ sans boire

La pression que tu ressens dans un bar queer avec un jus de citron à la main (cette sensation d'avoir à te justifier, d'être légèrement en dehors) elle vient de cette histoire longue entre la communauté LGBTQ+ et l'alcool. Elle est réelle.

Mais elle dit quelque chose sur le passé, pas sur ce que tu es.

Doechii crée son meilleur album sobre. Tyler construit une carrière entière sans jamais avoir été ivre. Elton John sort ses œuvres les plus célébrées après avoir arrêté.

Aucun d'eux n'a disparu de la culture queer pour autant. Aucun n'a perdu sa place dans la communauté. Aucun n'a eu besoin de se réinventer une identité pour compenser.

La réalité, c'est que la communauté LGBTQ+ a toujours été construite sur l'idée qu'on peut exister tel qu'on est, sans se conformer à ce que les autres attendent.

Paradoxalement, l'injonction silencieuse du verre dans les espaces queer, c'est exactement le contraire de ça, une norme qu'on avale sans trop la questionner.

La questionner, c'est complètement dans l'esprit queer.

Ton rapport à l'alcool t'appartient

Tu n'as pas besoin d'une grande raison pour boire moins ou arrêter. Tu n'as pas besoin de toucher le fond, d'avoir une révélation, de rejoindre un programme, ni d'expliquer ta vie à chaque soirée.

Tu peux juste décider que ça ne te convient plus (ou te poser la question pour la première fois) et continuer à exister exactement comme avant dans tous les espaces qui comptent pour toi.

Tu crois que tu perds quelque chose quand t’arrêtes de boire. Mais c’est faux.

Ne pas boire ne t'enlève pas de la communauté. Ne te rend pas moins queer, moins fun, moins présent. Ça ne change pas comment les gens t'acceptent, ni ce que tu peux accomplir.

Doechii et Tyler le montrent dans deux directions opposées : l'un n'a jamais commencé, l'autre a arrêté quand ça ne lui servait plus. Tous les deux ont une vie entière, des gens autour d'eux, une créativité qui tourne à plein régime.

La seule chose que ça change, c'est que t'es plus toi-même. Et c'est beaucoup.

Et si tu veux célébrer ce Pride Month fièrement, mais sans alcool, on a des idées de mocktails haut en couleur, qui feront jalouser tes potes avec leur bières.

Par Zoe Duc


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