Belles Grappes, la cave sans alcool au cœur de la capitale mondiale du vin
À Bordeaux, la capitale mondiale du vin, les caves ne manquent pas. Mais une cave où aucune bouteille ne contient d'alcool, c'était une première.
Belles Grappes a ouvert début novembre 2024, dans la galerie Saint-Christoly, à deux pas de la place Pey-Berland. On y trouve des vins, des bières, des spiritueux, des pétillants et des jus, tous sans alcool.
La boutique est tenue par Anne et Alexandre Kettaneh, un couple bordelais.
Anne nous a raconté comment on en arrive à ouvrir une cave sans alcool dans la ville qui vit du vin depuis des siècles.
Tout a commencé au lendemain d'un réveillon
Anne ne cherchait pas un concept à lancer. L'idée lui est venue au réveil, le 1er janvier.
« J'ai eu le déclic au lendemain du 31 décembre 2023. La soirée avait été bien arrosée, mais nos amis avaient prévu des bouteilles de pétillants sans alcool pour l'un de leurs convives. »
À cette période, elle voulait créer une entreprise avec son mari. Elle sortait de vingt ans dans le syndicalisme agricole, venait de passer une certification en vin pour continuer sa vie professionnelle dans ce domaine, et cherchait quoi en faire.
Alexandre avait déjà ouvert une fromagerie à Paris et travaillait comme consultant. Il adore le contact propre aux commerces de bouche, et il a été enthousiaste tout de suite.
On lui a demandé si elle était elle-même dans une démarche de réduction à ce moment-là.
« Pas particulièrement, mais nous en consommions assez peu. Au niveau familial, nous nous intéressons à la gastronomie et à la nutrition. Et nous étions sensibilisés à l'alcoolisme, car mon père en souffrait. »
Ouvrir une cave sans alcool à Bordeaux
Avec une certification en vin, le sans-alcool n'était pas le projet le plus attendu. Pourtant, Anne explique :
« L'idée du "vin sans alcool" rassemble tout ce qui m'anime : la préservation du territoire viticole, un certain art de vivre, la bonne nourriture,... tout en préservant sa santé. »
Elle est allée à la rencontre des vignerons
La préservation du territoire viticole est un point important pour Anne. Elle a d'ailleurs expliqué à Europe 1 s'être demandé si le sans-alcool ne serait pas une solution « pour qu'il y ait des vignes demain ».
Avant d'ouvrir quoi que ce soit, Anne est donc allée interroger les vignerons et les négociants qui s'étaient déjà lancés dans le vin désalcoolisé. Elle voulait savoir ce qu'ils pensaient vraiment de ce qu'ils produisaient.
« Je souhaitais comprendre s'ils étaient fiers de leur produit, s'ils y croyaient. J'ai rencontré des gens innovants et passionnés. La plupart restent vignerons traditionnels, mais souhaitent produire du vin pour tous. »
Elle en est ressortie convaincue.
Et le lien avec les vignerons ne s'est pas arrêté à l'ouverture de la boutique : elle racontait à Decanter que, chaque semaine, des viticulteurs passent chez elle pour goûter un nouveau vin désalcoolisé.
Les premiers mois de Belles Grappes
La boutique ouvre début novembre 2024. Plusieurs articles de presse annoncent l'ouverture, et les curieux arrivent dès les premiers jours.
Certains attendaient ça depuis longtemps. « Merci d'exister et de penser à nous », lui disent-ils.
D'autres poussent la porte en espérant retrouver exactement le goût du vin classique. C'est là que le travail commence vraiment.
« Ce n'est évidemment pas possible et nous devons encore faire preuve d'une grande pédagogie », explique Anne.
Le vin désalcoolisé est plus léger en bouche, et c'est précisément ce qu'il faut expliquer avant de faire goûter.
Le monde du vin ne réagit pas d'un seul bloc
Une cave sans alcool à Bordeaux, forcément, ça fait parler. On a demandé à Anne comment le milieu la regardait.
« Le monde du vin classique est très hétérogène. »
« Il y a des pionniers qui se sont lancés il y a quelques années. » Certains avaient une seule cuvée quand elle les a rencontrés en 2024, ils en ont trois ou quatre aujourd'hui.
« Il y a les opportunistes qui se sont dit qu'il y avait un marché à explorer. Puis, les réfractaires, encore majoritaires. »
Chez les œnologues, le partage est le même.
« Si la majorité a du mal à appréhender cette nouvelle expression du vin, certains s'y intéressent et travaillent au développement de futurs produits toujours plus intéressants. »
Autrement dit, ceux qui font progresser le sans-alcool sont encore minoritaires dans leur propre métier.
Comment Belles Grappes choisit ce qu'elle met en rayon
La boutique se présente comme un caviste classique réinventé, où l'on choisit selon ses instants de dégustation.
Des rayons organisés par instants de dégustation
« En tant que cave sans alcool nous avons choisi de proposer nos produits par instants de dégustation : côté mer (les blancs), côté terre (les rouges), côté végétal (les rosés), côté bière, cocktails, apéro (les pétillants) et petite pause (des jus et infusions pétillantes). »
En entrant, on ne connait pas forcément les marques. L'appellation, le millésime, le domaine, tous les repères habituels d'une cave ne servent pas à grand-chose.
Partir du moment où l’on va ouvrir la bouteille donne un point d'entrée beaucoup plus simple.
Le goût, puis l'origine
Reste à savoir ce qui entre en rayon et ce qui reste dehors. Anne a deux critères pour trancher.
« Notre premier critère c'est le goût : le nôtre et celui de nos clients. » Elle précise qu'ils font attention à proposer des produits qualitatifs et peu sucrés.
Le second, c'est la provenance. « La quasi-totalité de l'offre Belles Grappes est issue du savoir-faire de vignerons et d'artisans français »
Difficile de dire qu'on veut préserver le vignoble français en remplissant ses rayons de bouteilles venues d'ailleurs.
Les spiritueux sans alcool
« Nous avons développé notre offre de spiritueux sans alcool car il y a une créativité extraordinaire dans ce domaine. Il est aujourd'hui possible de boire un apéritif tous les soirs, sans alcool, sans sucre et avec beaucoup de goût. »
Un apéritif tous les soirs sans que ça pose question, c'est exactement ce que cherchent beaucoup de gens qui lèvent le pied. Le rituel reste, l'heure reste, le verre reste.
C'est pour ça que le sans-alcool n'a rien d’une privation quand c'est bien fait.
Belles Grappes, pour réduire sans quitter la table
À Bordeaux, lever le pied sur l'alcool voulait longtemps dire se couper de ce qui fait la ville. Plus de dégustation, plus d'accords mets et vins, plus de conseil de caviste, plus de discussion sur un cépage.
Belles Grappes remet tout ça à portée de main. La boutique organise aussi des ateliers de dégustation et de mixologie, et des soirées Apér'0 où on boit sur place.
Le pari d'Anne est simple : si le vignoble veut encore exister dans vingt ans, il devra savoir parler aussi à ceux qui ne boivent plus d'alcool.
À Bordeaux, Belles Grappes est la première à l'avoir pris au sérieux.
Pour y aller
17 rue Père Louis de Jabrun, 33000 Bordeaux
@belles_grappes
Bellesgrappes.fr

